| Pourquoi un site Internet sur un projet d’histoire
de l’art ? Est-ce parce que le développement des NTIC (Nouvelles
Technologies de l’Information et de la Communication) sont dans
l‘air du temps ? Est-ce pour l’aspect alternatif qu’elles
proposent aux circuits traditionnels de diffusion ? Ou, est-ce parce
que dans ce projet se développe toutes sortes de réseaux,
d’entités, participant au N O M (Nouvel Ordre Mondial)
et qui, part conséquent, justifieraient la fabrication de ce
site ?
Ce projet est passé par des hypothèses de travail assez
multiples avant d’en arriver à cette forme. Et il va continuer
à adopter d’autres formes en fonction de ses évolutions.
La polymorphie de ce projet, au fil de son évolution, illustre
bien la façon dont je souhaite aborder la question qui se découvre
dans ce site au fil de la navigation : ni projet d’histoire de
l’art, ni projet d’histoire politique, mais les deux à
la fois ; ni projet curatorial, ni projet artistique, mais plutôt
les deux à la fois.
Comme je le dis dans le synopsis, ce projet trouve son origine dans
une autre transversalité, médiatique celle-la. Par médiatique
j’entends évidemment moyen de communication servant à
transmettre des informations, des œuvres, car cette recherche naît
de la rencontre entre la lecture d’un livre (1èr média)
et le visionnage d’un documentaire télévisé
(2ème média).
rca5600 se propose d’explorer les relations, parfois très
étroites, entre l’artiste, le politicien, le commissaire
d’exposition, le directeur de musée, le trustee, le militaire,
le philanthrope. Déjà c’est tout un réseau
qui se construit et qui en appelle bien d’autres. Il s’agit
de recontextualiser ces réseaux et d’essayer de donner
un autre regard sur la politique culturelle américaine depuis
les années 1940-1941 jusqu’à la fin des années
60. Car cette politique a endossé plusieurs visages ou masques
selon la façon dont on souhaite les nommer. Par exemple, comment
comprendre la délégation, par les gouvernements successifs,
de la gestion du Pavillon américain à la Biennale de Venise
entre 1954 et 1962 ? Délégation faite au plus gros musée
d’art moderne du monde, le MoMA.
Dans le domaine politique, les États-Unis ont vu, après
la seconde guerre mondiale, se développer de nouvelles conceptions
qui furent le fil conducteur d’un grand nombre d’actions
qu’ils menèrent. La réalpolitik, qui trouve ses
sources dans l’Allemagne willeminienne, se voit repensée
par des théoriciens, des politiciens tel que Henri Kissinger,
Nelson Rockefeller, mais aussi par des groupes de réflexion réunissant
des personnalités du monde politique, militaire, économique
et culturel comme ce fut le cas avec Prospect for America, the problems
and opportunities confronting American democracy _ in foreign policy,
in military preparedness, in education, in social and economic affairs,
rapport édité en 1960 par un groupe de réflexion
du Rockefeller Fund. Thème absent du titre – il est supposé
par le mot éducation – le culturel est en bonne place dans
ce rapport qui illustre assez bien cette réalpolitik dont je
parle un peu plus haut.
Loin de démontrer l’existence d’un complot américain
pour imposer une vision, une politique, un système économique,
un mode culturel, ce site tente de montrer que le changement de la scène
artistique de Paris vers New York n’est pas qu’un basculement
esthétique, culturel mais bien un profond changement social,
politique et économique chez les professionnels de l’art,
qui participe à un mouvement global, l’avènement
d’un ordre nouveau.
On verra que ces deux aspects de l’histoire, politique d‘un
coté et artistique de l’autre, se trouvent réunis
dans des figures transversales et emblématiques telles que Nelson
Rockefeller, Clement Greenberg, René d’Harnoncourt ou Alfred
J. Baar.
En l’état actuel du site, un aspect de la recherche est
fortement développé, celui de l’influence politique
américaine sur le monde latino-américain. Cet aspect m’a
permis d’ouvrir une entrée sécante sur l’aspect
culturel de la politique américaine à la même période.
Mais cette entrée a aussi mis en évidence la nécessité
d’un prolongement de ce projet sur une autre question : en quoi
la politique culturelle et la politique étrangère américaines
ont influencé la situation culturelle des pays d’Amérique
Latine ? Quelles modifications les scènes artistiques de ces
pays ont elles subies ?
Photos : Harry Truman lors d'une convention démocrate / The
New American Paiting, Kunsthalle de Bâle, Suisse, 19 avril au
26 mai 1958
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